IDEAL L’idéal naît quand s’effondrent les façades Quand détruire ses inhibitions n’est plus une simple passade Vivre au sein de ses fantasmes les plus lourds Ne pas craindre les tourments de Sade S’exprimer sans faire de détour Et accepter les glissades Anéantir ses peurs pour casser celles des autres Les emmener dans sa torpeur pour empêcher la passion de se dissoudre Aller creuser au fond de son cœur et y trouver la foudre Se brûler dans le magma d’un chant de chœurs Et sans cesse le nourrir de poudre En découdre avec soi-même quand le spleen prend la tête de la course Et puiser au fond de sa soute ce chaos humain qui fout la frousse Raser en face les murs de briques, être la violence des secousses Etre la bombe sur les rails qui mène le train à la déroute Etre la tombe de la morale et revenir à la source S’unir dans la ronde par les mains, les corps, les coudes S’abreuver avec force dans le fleuve de ses pulsions Toujours racler son écorce et mettre sa chair en fusion Etre un volcan d’émotions en éruption S’exposer au soleil des sentiments sans redouter l’irradiation En quête d’humain et de féminin à profusion Sans cesse revenir à la source de l’océan de nos passions Et se noyer dans ses sécrétions IDEAL – Rage au cœur, rage au ventre Nourrir la terre de nos passions Implique de foutre nos prisons en cendres IDEAL – La première révolution est interne C’est en nous-mêmes que sont nos chaînes Et c’est nous-mêmes qui feront qu’elles saignent L’idéal naît quand la soif ne s’étanche pas Quand pour approcher la satiété, on s’épanche jusqu’au pugilat Là où la chaleur s’accroît dans l’entrechoc des corps Là où la valeur de nos vies se boit entre salive, sueur, pulsions d’amour et pulsions de mort Car aucun sort n’est jeté La difficulté de vivre dans ce monde ressemble à l’espace maudit entre le noyé et la jetée Et tous ces mots dits sans qu’ils s’accrochent au plus profond de nos pensées Toute cette retenue sur nos ondes qui laisse souvent un goût amer une fois le moment passé Rien à panser, le sang est sec, l’oscillogramme s’est arrêté Alors non, je veux pas d’un épilogue tragique entre frustration et désarroi Je veux me lâcher sans me soumettre aux limites comme si c’était la dernière fois Vivre jusqu’à la déraison chaque moment sans la moindre contrainte de temps Se détacher des rythmes précaires qui font souvent de nos existences des enfers S’envoyer plus haut que les airs quand nos corps s’enlacent à terre Car l’idéal n’est pas lumière Il est fait de ce que nous sommes Peau, sang, sperme, cyprine et chair L’idéal vit quand nos désirs sont lâchés Quand à travers les poussières de spleen, on finit enfin par aimer On finit enfin par s’ouvrir détaché-e-s du poids de nos sociétés On finit par sentir le vide s’altérer sous nos plaies Quand l’angoisse finit par faner Est-on si soumis aux impasses héritées ? Avons-nous le droit de croire qu’ici, tout est mérité ? Qu’il n’y a pas besoin de faire d’effort, qu’on peut se résigner à souffrir Que l’indifférence nous rend plus forts et que l’envie peut toujours courir Ouaih je reste une somme de frustrations qui tente de vider son trop plein Avec pour utopique ambition de pouvoir vulcaniser nos liens Ouaih l’idéal sort de la passion pas des théories des anciens L’idéal est d’en être ivre pour s’extirper de ces temps de chiens Sûr que vivre ici nous rend plus aptes à pouvoir parler d’idéal Loin de la famine et loin des bombes, on peut chercher son propre graal Je tente juste de vivre quand toutes ces pulsions de mort m’accablent Juste quelques lignes qui équilibrent une vie entre Spleen et Idéal